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COLLECTIONS THÉMATIQUES I Collection
thématique "Immortelle" Collection
thématique "Quenouille" Collection
thématique "Erable" Collection
thématique "Pin rouge"
COLLECTIONS THÉMATIQUES II
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OBJETS DIVERS Présentation des possibilités En travaillant avec les plantes de la forêt, nous avons découvert au cours de ce cycle d'expérimentations hivernal, de nouvelles utilisations chaque fois différentes à partir de celles-ci. Souvent, c'est au détour d'un hasard que soudain, un usage se dessine. En voici quelques exemples.
Baguette de Yi-King et Mikado Le psychanalyste et médecin
C.G. Jung raconte dans ses mémoires "Ma vie, souvenirs, rêves
et pensées" (1957) l'impression que lui fit la découverte
de cet art de divination chinois millénaire, le Yi-King. Quelle
ne fut pas notre surprise de voir qu'il mentionnait que les baguettes
originelles utilisées dans cette pratique étaient faites
à partir d'achillée-millefeuille : l'un des plantes les
plus répandues dans nos forêts ! Et qui, de nos jours, se
sert encore de ces baguettes naturelles ? Plus personne à vrai
dire en Occident, les baguettes ayant été remplacées
par du plastique ou des pièces de monnaie. Alors, il nous est venu
l'idée de retrouver la façon de faire des chinois d'autrefois.
Nous avons coupé, séché puis taillé des tiges
d'achillée encore vertes ; nous avons ôté les feuilles
inutiles, les fleurs fanées, puis laissé les tiges jaunir
(deux à trois semaines). Finalement nous avons formé des
petits faisceaux d'une cinquantaine de tiges tel que spécifié,
que nous avons liés avec des feuilles de quenouille. Nos tiges
étaient prêtes, il ne restaient plus qu'à les utiliser.
Et là, curieusement, l'achillée-millefeuille nous a semblé étrange : les baguettes ne sont pas tout à fait droites, parfois même certains segments bifurquent légèrement obliques. Il y a des aspérités sur la tige qui empêchent de les apprécier au toucher. Nous avons alors tenté l'expérience sur d'autres sortes de tiges : tiges d'aster et de solidago, à la texture, la grosseur et la grosseur sensiblement les mêmes. Là, bonne surprise, le faisceau de tiges obtenues est tout à fait approprié : les tiges sont lisses, droites, brillantes et sans aspérités. D'un jaune attrayant, elles semblent se substituer sans problèmes aux tiges d'achillée. Alors, voyant le résultat cette fois positif, nous avons passé nos nouvelles baguettes au crible d'un test sans pitié : le jeu de Mikado. Si elles nous permettaient de jouer dans de bonnes conditions, alors sans aucun doute, nos baguettes d'aster et de solidago seraient-elles promises à un avenir plus parlant que celles d'achillée. Une fois les baguettes du faisceau lâchées au-dessus d'une table lisse, le jeu de Mikado a pu commencer, s'est avéré parfait tant l'équilibre des tiges est homogène d'une extrémité à l'autre. C'est ainsi que sans le vouloir, nous avons fait une pierre-deux coups, en réinventant avec des végétaux de nos forêts les matériaux de deux jeux célèbres, le Yi-King et le Mikado.
Pulvérisateurs Un autre exemple des hasards de la création, a été par exemple les tiges de lactuta canadiensis, utilisées d'abord comme support pour voir si nos argiles végétaux avaient des qualités adhésives. Lorsqu'un peu plus tard, nous nous sommes mis à rechercher des tiges creuses, aux utilisations comparables à celles du vinaigrier, cette fois dans l'intention d'enrichir notre rubrique "bijouterie botanique", les tiges de lactuta ont révélé qu'elles pouvaient non seulement correspondre à nos besoins, mais aussi remplir d'autres fonctions très pertinentes pour des artistes.
En les taillant à la longueur
d'un crayon, approximativement, ou à la longueur d'un demi-crayon
pour une variante du même usage, nous avons effectué des
tests pour voir si l'on pouvait les utiliser pour faire des sarbacanes
et des pulvérisateurs de peinture. Oui, ce fut le cas. Pour la
technique de la peinture à la fresque, ou comme dans les grottes
de Lascaux (dont les peintures ont résisté au temps depuis
plus de 30.000 ans), le pulvérisateur, sorte de petit tuyau vide
pouvant servir de conduit, sert à projeter sur la toile ou sur
la paroi des pigments de peinture en poudre qu'on tient au creux de la
main, après que celle-ci a été humidifiée
pour mieux absorber les grains. C'est le principe de la sarbacane, mais
appliqué aux beaux-arts. Cette technique, tout à fait recommandée
pour enduire légèrement - avec un parfait contrôle
de l'épaisseur de la couche désirée - tout objet
qui présente une surface légèrement poreuse, tel
que nos bols en argiles végétaux par exemple, est l'une
dont nous cherchions à nous servir au CREAF. Nos pulvérisateurs
nous ont ainsi permis de projeter d'une part des pigments de solidago
sur certains objets, mais aussi du sable. On retrouve cette utilisation
de l'air et du sable dans les mandalas tibétains ou dans l'art
des peintures de sable des indiens Navajos.
Enfin, ces mêmes tiges de
lactuta nous ont permis de réaliser d'autres objets, tels que des
porte-pinceaux, des pinceaux, et des porte-mines. Ici, l'intérêt
principal réside dans le fait qu'on peut intervertir les extrémités
de chaque bâtonnet, selon l'usage désiré. Et selon
l'épaisseur de la tige, on peut insérer des grosseurs d'embouts
différentes. Artisanat de Noël Ici, c'est un chapitre tout particulier que nous avons voulu inaugurer. Notre pays, c'est l'hiver... comme dit la chanson, et l'hiver, surtout dans la forêt, c'est Noël sous les sapins. Curieusement, les traditions d'artisanat de Noël ont presque disparu dans notre province, alors qu'elles se sont considérablement développées dans des cultures éloignées de nos forêts boréales. En témoigne l'explosion de milliers d'articles différents, en provenance de villages se singularisant tous dans un domaine spécifique, confectionnés par les artisans mexicains ou de certains pays d'Amérique latine et d'Asie... Nous avons ensuite confectionné
des petits paquets miniatures, liés avec du sinew, et décorés
à l'aide d'une minuscule cocotte de cèdre, pour en faire
des décorations de Noël. Ces petits paquets font désormais
eux aussi partie des nouveaux produits du CREAF mis en vente.
Au CREAF, il nous a semblé nécessaire de faire revivre cette tradition. Au pays des sapins et des épinettes, des conifères, des cônes et des aiguilles, comment se fait-il que l'on ne trouve que des objets le plus souvent "made in China" ou "made in Taiwan" dans les rayons de nos magasins, tandis qu'ici, en Amérique du Nord, nous faisons une consommation extrèmement importante de décorations de Noël de toutes sortes ? Nos forêts n'y suffisent-elles pas ?
CREAF a voulu revenir aux sources, et profiter d'un long hiver pour essayer de comprendre si nos conifères ne pouvaient pas faire aussi bien que les objets plastifiés "made in..." ailleurs. Alors, avant que l'hiver n'arrive, nous nous sommes hâtés de cueillir les derniers végétaux qui pourraient nous servir à inventer des objets...: des quenouilles, de l'osier rouge, des coques d'asclépias, puis, quand les premières neiges sont arrivées, des cocottes de sapin, de cèdre, des branchages et des feuillages. Restait à expérimenter.
Les couronnes et les guirlandes Notre premier souci a été de voir si les objets faits à partir de branches et d'aiguilles de sapin pourraient résister un certain temps : on voit tant de sapins de Noëls dont les aiguilles sèchent et tombent à peine le réveillon passé... Certes, ce sont souvent des épinettes vendues comme étant des "sapins" de Noël qu'on trouve dans nos maisons, surtout en ville. Ce qui explique leur peu de résistance, l'épinette durant moins que le sapin. Mais tandis que nous reprenions les anciens modes de confection de guirlandes en branches de sapin, nous nous sommes aperçus de la qualité des vraies branches de sapin, de leur souplesse tout d'abord, de leur flexibilité mais aussi de leur fermeté, ce qui permet de les maintenir en place une fois la forme travaillée.
Pour faire des couronnes, chaque
modèle est différent, selon la grosseur de la branche choisie.
A noter : nous avons toujours utilisé les branches secondaires,
ou rameaux, et non les branches principales des sapins (trop épaisses,
non flexibles). Celles dont nous avons eu besoin pour faire des couronnes
n'étaient pas plus grosses que le petit doigt. Il faut en effet
qu'elles soient très flexibles, et qu'on en puisse dissimuler les
courbes sous le vert des aiguilles. Il existe deux techniques de tressage de couronnes, que nous avons expérimentées : celle à une seule branche, qu'on tourne sur elle-même le plus possible. Comme les extrémités du feuillage ne sont pas toutes de longueurs égales, on insère peu à peu de nouvelles petites branches dans le tour de la couronne au fur et à mesure qu'on les entrelace dans la trame. Cela renforce la couronne, la rend bien ronde et rend invisible la branche principale enroulée.
L'autre technique est celle du tressage
à deux branches, qui sert à confectionner des couronnes
plus grandes. On place en vis à vis, comme en fer à cheval,
les deux branches recourbées en U pour que leurs pointes se chevauchent
puis se croisent, l'une au-dessus de l'autre. Ensuite, on procède
comme pour les petites couronnes, en ajoutant des branches secondaires,
que l'on prendra soin d'insérer notamment de façon à
couvrir les deux points de jonctions des branches principales. Par curiosité, nous avons voulu voir s'il était possible de faire la même chose avec des rameaux de cèdre, car ce feuillage est également souple et résistant. Après quelques essais, et la confection de quelques couronnes et décorations, nous nous sommes rendus à l'évidence : les rameaux de cèdre n'ont pas la même qualité de flexibilité, de plus, le feuillage est plat. Par contre, il est léger et couvre plus de surface ajourée. On peut donc l'utiliser pour inventer d'autres motifs décoratifs, ainsi que des guirlandes, mais pas exactement pour faire des couronnes.
Objets miniatures en quenouille tressée Pourquoi la quenouille ? Une fois de plus, parce que l'une de ses parties se prête très bien à une forme de vannerie. Comme pour la majorité des plantes travaillées cet hiver, nous en avions cueillies de bonnes quantités afin d'en étudier les différentes parties (tige, feuilles, soie).
Les quenouilles ont été coupées sur place, leurs éléments aussitôt séparés, lorsqu'encore frais. Il a fallu faire vite, l'eau des marais où nous les avons cueillies étant le plus souvent stagnante, et l'on observait une mucosité à la base de la tige, là où s'enroulent les feuilles, qu'il fallait ôter sur le champ sinon la gaine pourrit, la feuille avec, même au séchage. Le séchage a eu lieu sur les séchoirs en moustiquaires d'une part, puis les feuilles liées en faisceau et suspendues à la verticale. On en garde ainsi la verdeur un peu plus longtemps, sinon, elles ont tendance à jaunir très vite et à devenir rèches comme du papier chiffonné.
Toujours avec les feuilles de quenouille, nous avons ensuite pris le motif de la croix non pour des raisons religieuses, mais plus pragmatiquement, parce qu'il permet d'expérimenter toutes sortes de formes de tressage, de croisement des tiges, des feuilles ou des lanières. C'est ainsi que nous avons expérimenté plusieurs modèles de croix décoratives, afin de pouvoir les suspendre sur un mur, ou les laisser tourner lentement sur elles-mêmes, comme des mobiles suspendus aux branches du sapin.
Conclusion La diversité des objets que l'on peut inventer à partir des ressources naturelles de nos forêts est inépuisable. Chaque saison nous permet d'aller plus loin dans la découverte des matériaux disponibles, de leurs propriétés et des différents usages que l'on peut en faire. Déjà, les formules sont infinies, et constamment renouvellées.
Cet hiver ayant révélé des possibilités inédites, et donné des résultats de plus en plus passionnants, il ne nous reste plus qu'à poursuivre ces recherches, à parcourir, saison après saison, les forêts de la Matawinie, pour recueillir les éléments dont plus personne ne songe à tirer partie. Et à les métamorphoser, pour leur redonner, par l'art et l'artisanat forestier, une seconde chance, une seconde vie...
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