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Index
botanique
Rubriques
d'identification des parties d'une plante
Rubriques
spécialisées permettant de préciser et d'expérimenter
les usages des plantes dans une perspective artistique
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HERBORISTERIE
AUTOCHTONE
Depuis toujours, les peuples ont
utilisés les plantes pour leurs vertus médicinales. Les
dizaines de milliers d'usages des plantes n'ont toujours pas été
totalement explorés encore, bien que l'intérêt de
l'homme pour celles-ci remonte à l'origine des temps, de même
que la croyance en leurs propriétés curatives qui perdure
d'un continent à l'autre. Si la médecine et la botanique
ont toujours été proches, c'est que la botanique, à
l'origine, traduit l'intérêt des hommes à trouver
des plantes qui puissent les soigner. De nos jours, la plupart des médicaments
sont dérivés de sources végétales ; jusqu'à
une époque récente, les apprentis-pharmaciens étaient
tenus d'appréhender le monde des plantes, tandis que les médecins
étaient orientés vers l'étude des plantes en tant
que remèdes. Peu à peu, les médicaments de synthèse
vinrent à remplacer la plupart des médicaments naturels
dans les pays industrialisés, le plus souvent pour des raisons
de rentabilité, mais aussi, dans une certaine mesure, d'efficacité,
la reproduction à grande échelle d'un échantillon
produit industriellement facilitant sa distribution. L'intérêt
des chercheurs se déplaça alors de la nature aux laboratoires,
et le développements accéléré des technologies
accentuant ce phénomène, on perdit de vue, au moins jusqu'au
début des années 90, l'intérêt plusieurs fois
millénaires accordé aux seules plantes, ainsi que les connaissances
leur étant associées, le plus souvent reléguées
au rang de folklore indigène, de sorcellerie ou même de superstition.
Caractéristiques de l'approche
autochtone en herboristerie Ce qui pourrait caractériser
de prime abord l'approche des autochtones vis-à-vis des plantes,
et des aliments traditionnels en général, c'est une attitude
profondément attentive aux qualités intrinsèques
de ceux-ci, leur reconnaissant un intérêt qui n'est pas fondé
sur leur seule valeur de consommation (alimentaire, satisfaction immédiate
ou apport calorique - qui est le propre des sociétés contemporaines,
dont les critères se définissent surtout comme une recherche
individuelle de bien-être immédiat dans un rapport qualité-prix
fonctionnel) mais qui prend en compte l'utilité même d'une
plante, à savoir que celle-ci est en elle-même un médicament,
dès lors qu'on en connait les usages et qu'on la consomme de façon
appropriée. Cette attention extrème aux présupposés
décelables en chaque plante rendent toutes les opérations
qui la concernent infiniment plus subtiles et délicates : de la
cueillette à la repollinisation, de la macération à
la dégustation, de la préparation à l'administration,
toutes les étapes entourant la prise en compte d'une plante dans
un but recherché, sont empruntes d'une vigilance particulière,
laquelle va souvent de pair avec un respect quasi sacré, pour ne
pas dire profondément spirituel, envers la plante elle-même,
l'environnement qui l'a fait naître, et les usages qu'on peut en
tirer. S'ajoutent parfois à ces
facteurs des données non scientifiques, mais qui peuvent reposer
sur une tradition à la fois culturelle et empirique, le tout ayant
fait ses preuves : par exemple, chez les Naskapi, le printemps est privilégié
pour la cueillette des plantes, saison de prédilection puisqu'elle
correspond au renouveau de la végétation, à la renaissance,
à la croissance sous toutes ses formes, tant sur le plan biologique
que symbolique. Cette saison annonce le retour de la fertilité,
donc de la santé et de l'éclosion des espèces les
plus nombreuses. Chez d'autre peuples, comme les Algonkins, les plantes
périssables sont collectées en toutes saisons, selon les
besoins et l'importance de la communauté, au vu d'une logique qui
veut, avec raison, que les maladies puissent se déclarer à
tout moment, et qu'il faille se déplacer très souvent (pour
suivre le gibier par exemple), donc emporter avec soi les ressources curatives
en tout lieu. Chez les Atikamekws et de nombreuses autres nations de l'Est
du Canada, le printemps seul permet la collecte d'eau de bouleau, qui
permet de purifier le corps des toxines et des graisses accumulées
pendant l'hiver. Tout comme pour la collecte de la sève d'érable,
il y a un moment exact où il convient de recevoir tel ou tel don
de la nature. Plus encore, l'herboristerie autochtone
démontre que ce n'est pas une, mais très souvent plusieurs
plantes qui sont connues pour soigner chaque type d'affection. Les vertus
curatives ne se limitent pas à une seule espèce ou catégorie
de plantes, et les parties de ses plantes, clairement identifiées,
livrent elles-mêmes des réponses différentes selon
qu'on en utilise, dans des cas différents, les feuilles, les fleurs,
les tiges, les racines ou les fruits, entiers, broyés, séchés,
macérés, en infusion ou en décoction, purs ou dilués.
Telle plante, tel le Quatre-Temps, procure du thé au printemps,
puis des fruits durant l'été. Telle autre, comme la Savoyane,
donne à la fois ses feuilles et ses racines pour faire un certain
type de tisane. Enfin, comme les humains ne sont pas les seuls bénéficiaires
des richesses des plantes, une plante aussi répandue que le Bleuet
nourrit à la fois les hommes et les ours, et certains oiseaux,
à quelques semaines d'intervalle. La plante à fruit de la
perdrix donne elle aussi du thé au printemps, des fruits en été
et des vitamines aux volatiles sauvages quand viennent les premiers froids
de l'automne. En fin de compte, ces exemples confirment une fois de plus un autre trait important de l'herboristerie traditionnelle autochtone : ces savoirs sont cumulatifs sur des générations et des générations, ils ne se contentent pas de transmettre et de préserver des informations sur les plantes d'une saison à l'autre, mais aussi de maintenir et d'enrichir les savoirs sur leurs usages et leurs environnements respectifs. Une telle somme de connaissances est dynamique et change inévitablement peu à peu aussi au fil du temps, au sein d'un groupe particulier ou d'un groupe à l'autre, en fonction de l'évolution de la communauté mais aussi de son environnement. Les hommes, mais aussi les animaux, possèdent quelque chose de remarquable en commun à ce niveau-là, que les populations urbaines ont perdu, soit une compréhension profonde, en quelque sorte similaire de leur situation et des changements induits imperceptiblement par la nature, de même que les réactions de leurs congénères au fur et à mesure d'une adaptation inévitable et nécessaire. Mais là où les hommes diffèrent des animaux, et commencent à se démarquer dans un tout autre registre, c'est en ce qu'ils prévoient la domestication parfois nécessaire de certaines espèces, dont ils tendent à standardiser les procédures de reproduction, tandis que parallèlement s'établissent des critères de priorisation dans la recherche et la conservation. La nature échappe à la nature, elle est livrée aux mains de l'homme moderne...
Les premiers médecins et herboristes
du continent Pendant des siècles, les
autochtones ont vécu une vie entièrement dépendante
de leur environnement, ici la forêt boréale, le fleuve et
les côtes nord-atlantiques. Selon les régions, ils se sont
servis d'espèces sauvages et quand la saison le permettait, d'une
variété florissante de gibier et de poisson. Des baies de
toutes sortes étaient cueillies comme remèdes printaniers,
pour des traitements spécifiques d'hémorragies ou comme
tonifiants sanguins. Toutes sortes d'usages enrichissaient la panoplie
des cueilleurs-guérisseurs : racines de mûres utilisées
comme astringents, canneberges comme stimulants pour le foie et le métabolisme
sanguin, et bien d'autres applications confirmées entre autres
par la robustesse légendaire, l'endurance physique et la beauté
qu'on leur conférait. De nombreuses études archéologiques
démontrent qu'on ne trouvait ni déficience osseuse, ni caries,
ni tuberculose ou arthrite, pas davantage de typhoïde, d'ulcers et
peu de cas de cancers, de défaillances cardiaques ou de maladies
mentales chez la majorité des communautés. Les femmes étaient
reconnues pour être particulièrement résistantes.
Elles pouvaient devenir mères et médecins en même
temps, au moment de l'accouchement, sachant passer en quelques heures
d'une délivrance rapide et saine, au retour aux activités
habituelles. Après l'arrivée de l'homme blanc, les autochtones
furent brusquement mis en contact avec de nouveaux modes de vie inappropriés
à leur environnement, et exposés à des maladies contre
lesquelles ils n'avaient aucune défense immunitaire. Décimés
par des siècles de modes de vie étrangers et quasi "contre-nature",
ils subirent les maux des sociétés modernes, dont la sédentarisation
forcée et l'artificialisation de l'alimentation. C'est ainsi que
s'installa par exemple le diabète, qui fait aujourd'hui hélas
encore des ravages dans certaines communautés. Les autochtones pourtant n'étaient
jamais en mal de savoir quelle plante était la meilleure, ou à
quel moment elle devait être cueillie pour les guérir de
certaines maladies. Ils savaient soigner leurs maux physiques, mais aussi
intervenir chirurgicalement, donner le jour naturellement avec une dextérité
qui surpasse de loin les techniques médicalisées d'aujourd'hui.
Elimination des toxines, réparation de fractures, trépanations,
plaies et entorses, bains de vapeur, suppression de la douleur, soulagement
des congestions et soins internes des organes affaiblis, bien des pratiques
transmises de générations en générations.
Soigner était également
un art par nature cérémoniel. Les effets spirituels et psychiques
des pratiques de la guérison étaient pris en compte, le
corps ne pouvant être dissocié de l'esprit. Un équilibre
devant toujours être recherché, qui tienne compte des indications
de la nature, aucun aléatoire ne pouvait être supposé,
l'effet des plantes livrant ses secrets depuis des millénaires,
et les générations nouvelles ayant hérité
des techniques de survie de leurs prédécesseurs. Les aspirants
herboristes héritaient aussi des défis et des responsabilités
qu'on attendaient d'eux. Ils avaient à connaître les particularités
de nombreuses espèces de plantes, leurs propriétés
et leurs usages. Ils connaissaient les limitations de celles-ci, sachant
qu'aucune n'a a priori de qualités miraculeuses. Cependant toutes
les plantes présentes sur un territoire pouvaient être mises
à contribution dans une zone ou un contexte donné. La flore
différait d'un endroit à l'autre, mais chacun reconnaissait
les ressources disponibles. En guise de conclusion et non de
fin... Tandis que l'ethnobotanie se distinguait au départ de l'herboristerie traditionnelle autochtone en ce qu'elle induisait un regard extérieur sur des cultures et leurs connaissances, il est temps qu'elle redevienne l'outil de conservation et le vecteur de transmission des savoirs des peuples autochtones, dont la vie et l'expérience, encore profondément tributaires de l'environnement, sont en mesure de nous donner des clefs pour l'avenir et la santé du genre humain.
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