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PROJETS Projets
2001
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Parole de Lauzes Il y a des régions dont les
cultures et les natures ont besoin d'être protégées,
mais aussi stimulées par des projets de développement durables,
tels qu'en proposent les résidences d'artistes en art contemporain
réalisées dans des paysages sauvages. Tandis que se développe
au Québec le Territoire Culturel, une association française,
"Sur le Sentier des Lauzes" a fait le pari qu'en proposant l'art
contemporain comme vecteur de développement à un parc régional
en cours de création, une chance serait donnée à
des sites exceptionnels d'être préservés et valorisés.
C'est pourquoi, en raison des liens
qui rapprochent les fondateurs du Groupe Territoire Culturel à
leurs partenaires français, un pont s'est créé entre
deux régions, la Matawinie et l'Ardèche. Bien qu'agissant
pour la valorisation d'espaces que tout oppose a priori (92% de terres
publiques au Québec, contre un équivalent de terres privées
en France), les démarches se sont rapprochées au fur et
à mesure des mois, pour aboutir à une action d'envergure
: la première intervention artistique fixe et pérenne réalisée
au sein d'un parc naturel régional, et l'inauguration par la même
occasion d'une "vallée culturelle" au coeur d'un massif
montagneux dans le sud de la France (région Rhône-Alpes),
scellant l'alliance possible entre développement régional
et création contemporaine. C'est à Domingo Cisneros
qu'est revenu l'honneur et aussi la charge de réaliser ces "Premiers
pas d'artistes" en territoire inconnu, dans un paysage et une végétation
qu'il connaissait peu, à quelques kilomètres seulement du
berceau de l'art sur la planète, les Grottes Chauvet, vieilles
de 33000 ans et dont les parois ornées dépassent la grandeur
de Lascaux. Répondant à l'invitation
de l'association "Sur le Sentier des Lauzes" et du Parc Naturel
Régional des Monts d'Ardèche (France), Domingo Cisneros
a été mandaté pour créer une oeuvre environnementale
à partir des matériaux locaux, les lauzes, sorte de pierre
schistique très friable mais utilisée traditionnellement
pour édifier murs et toitures d'un habitat aujourd'hui en voie
de disparition. Parce qu'il importait de préserver une vallée
sauvage, la vallée de la Drobie, et d'associer dans une démarche
de conservation et de développement durable le Parc Naturel Régional
des Monts d'Ardèche et ses 132 municipalités, le Conseil
général (Ardèche), le Conseil régional et
le Ministère de la Culture (Rhônes-Alpes), mais aussi les
habitants des hameaux, jeunes et anciens, les traditions et les coutumes,
et de faire revivre par une création contemporaine l'esprit de
ces lieux, c'est vers Domingo Cisneros que les divers partenaires français
se sont adressés, confiants en sa capacité à répondre
à leur souhait de voir une oeuvre leur ressemblant et leur "parlant",
surgir d'un environnement qu'ils tentent de sauver. Ses interventions
artistiques dans des espaces sauvages et son expertise en matière
de "nature-culture" ne leur étaient pas inconnues, c'est
donc en référence à ses interventions dans plusieurs
régions du monde et comme concepteur du Territoire Culturel, qu'ils
ont choisi de l'accueillir et de lui offrir des sites sauvages ainsi que
les lauzes comme matériaux et source d'inspiration. En effet, dans cette partie isolée
de l'Ardèche, les Cévennes ardèchoises, où
sévit le complexe de "ruinitude" (cf. "Un pays sous
les chataîgniers", récit de Martin Chenot, architecte
et président de l'association), ce sont les traces d'une culture
millénaire qu'il importe de préserver. Un paysage façonné
par la main de l'homme, où s'accotent à flanc de montagnes
des milliers de "faïsses" ou terrasses escarpées
retenues par des murets de pierre sèche où se sont noués
quelques pieds de vignes durant neuf siècles et où et enracinés
chênes verts et chataîgners plantés par l'homme. En
invitant Domingo Cisneros, les membres de l'association Sur le Sentier
des Lauzes savaient aussi qu'ils découvriraient un homme habitué
à la survie, à la mort et la disparition des cultures, et
qui s'est fait, que ce soit par la défense des environnements sauvages
mais aussi des cultures autochtones et régionales, un porte-parole
du renforcement de l'identité culturelle par la création
artistique. Domingo Cisneros a travaillé
seul pendant une trentaine de jours, s'attelant d'abord à rebâtir
un mur de pierres de 22 mètres de long, effort auquel se sont adjoints
les gestes de nombreux habitants des hameaux de la montagne, venus l'aider
à restaurer un élément de leur patrimoine. Un promontoir
rocheux fut dégagé en quelques jours. Des terrasses des
vignobles voisins, on vit descendre enfants et cultivateurs, maçons
et bergers, apportant leur pierre à l'édifice, mais aussi
leurs histoires, légendes, coutumes, et produits régionaux.
C'est en apprenant auprès d'eux à travailler cette pierre
friable qui résume toute leur fragilité, mais aussi leur
résistance montagnarde (on est en pays huguenot, au pays de Stevenson
et de son voyage à dos d'âne, du chanteur Jean Ferrat pour
qui fut interprété en pleine nature une version orchestrale
de "La Montagne") que Domingo Cisneros a sû faire revivre
cette pierre oubliée. "Parole de Lauzes"...
Vingt figures de pierres sculptées et scellées dans le mur
restauré, puis plusieurs stèles surplombant la montagne,
incrustées à même le rocher, se détachent maintenant
dans le ciel ardèchois. En arrière-plan, le village du Charnier,
et plus loin, au-delà des montagnes, le massif du Tanargue (le
"Tonnère", en langue d'oc) inspirait la création
de "El Espiritu de la montana", sorte d'aigle de pierres. A
l'extrémité du mur, "El Sol", impressionnante
roue solaire aux crans dentés, poitrail de pierres ouvert au levant
comme au couchant, et en contrebas, "Familia", figures sans
doute humaines, auxquelles l'artiste a dédicacé son action.
En dégageant aussi lors de corvées collectives les contreforts
du muret de l'enchevêtrement de ronces qui l'emprisonnait, en débroussaillant
le ruisseau retrouvé en contrebas, et qui n'avait pas été
mis à jour depuis un demi-siècle, mais qui livre un bassin
d'eau fraiche où venaient autrefois les lavandières et maintenant
les promeneurs, l'intervention a réhabilité un site exceptionnel
là où ne restait que le chaos d'une guarrigue abandonnée
aux sangliers ravageurs de ruines et de vignes. C'est ainsi que les habitants de
St-Mélany, de Dompnac et du Charnier (hameaux voisins) ont retrouvé
une part de leur patrimoine, et ont pu assister ou contribuer à
la réalisation de la première sculpture environnementale
au sein du Parc naturel régional des Monts d'Ardèche. Parrainée par la Galerie
Daniel Lelong, cette résidence s'est achevée par une marche
inauguratrice, menée par Henri Belleville, directeur du Parc, entouré
des membres du Conseil général, du Conseil régional
et de la municipalité de Saint-Mélany. Une foule importante
s'est mise en route sur le Sentier des Lauzes, pour découvrir l'oeuvre
et consacrer la naissance officielle de la première "Vallée
culturelle". Documentation : Journal télévisé France 3, lundi
29 octobre 2001. Quotidien "Le Dauphiné Libéré",
édition du 29 octobre 2001. Le Trait d'Union, journals des expatriés français
à Buenos Aires, Argentine. Cd-rom de Parole de Lauzes, Productions Enfantimages / Sur le Sentier des Lauzes. Film documentaire d'Edouard Boulay, Productions Enfantimages.
Journal de voyage électronique du Groupe Territoire Culturel, à
la rubrique : "Le
BavArt", bulletin d'Espaces Emergents Revue de presse régionale : "L'homme qui plantait des Lauzes", de Louise Landreville, Journal Matawinie (Québec).
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